Le froid descend des montagnes, le vent gelé souffle, la ligne de neige s’abaisse, les sommets blanchissent. La nature reprend ses droits et l’hiver nous murmure « je reviens ».
Animaux et humains comprennent le message et comme chaque année préparent et entament le chemin des vallées.
Au coucher du soleil, il est souvent impressionnant de sentir le sens du vent s’inverser. Celui-ci, qui du fait de la chaleur en journée remonte de la vallée vers les sommets, se met alors à redescendre. Le fond de l’air change instantanément.
Les transhumances sont enclenchées. Les bêtes sont grasses et ont pu faire leurs réserves pour l’hiver rigoureux de Kirghizie. Les bergers et les bêtes sont infatigables et marchent des heures durant des premières lumières de l’aube jusqu’à plusieurs heures après que la nuit soit tombée, pour rejoindre en un ou deux jours les fermes d’hivernage dans les villages. Les bêtes sont redescendues à cheval, rarement à pied et dans ce cas seulement si le terrain l’impose. On a vu une famille faire la transhumance à pied sur un chemin muletier très escarpé. Un camion vient en parallèle chercher la famille, la yourte et l’ensemble des possessions. Les moutons sont redescendus en premier. Vaches et chevaux restent parfois quelques jours seuls en montagne le temps que des bergers remontent les chercher.
Je me sens très humble face à ces conditions difficiles de transhumance, tout autant face aux bêtes que face aux bergers, tous infatigables.

Où qu’on est ?
Hélène et ses clients à cheval me rejoignent et je prends la route avec eux pour 9 journées d’itinérance. Mes trois chevaux se joignent aux onze autres et l’on devient un grand troupeau. La solitude s’éloigne, les chevaux prennent lentement leurs marques dans ce nouveau troupeau. Cela casse notre fusion totale à 5, mais c’est bénéfique et nécessaire que chacun se recréé d’autres repères parmi ses pairs avant la séparation qui s’approche. Le groupe « humain » est chouette ! Les cavaliers sont plus des aventuriers que des cavaliers de compet’ et on passe de beaux moments ensemble. L’équipe kirghize qui accompagne la rando est incroyable. Je mange en quantité phénoménale, mon corps ne comprenant pas que les frustrations alimentaires soient terminées. Il croit encore nécessaire de faire du gavage lorsqu’on le peut ! Les repas et les conversations me ramènent doucement à la civilisation. J’ai des moments de dissonances cognitives où mon cerveau bugue. Beaucoup de monde, des discussions éloignées du voyage, de ses difficultés et du stress rencontrés le long du parcours. Une impression d’être en décalage ; par exemple, trouver de l’herbe pour nos chevaux a été pendant tout notre voyage une pensée continue et obsédante. Tu salives pour tes chevaux en voyant une belle herbe, c’est bizarre mais c’est comme ça ! Pendant cette randonnée, les journées sont « calées » a l’avance, le camion d’assistance doit pouvoir atteindre les bivouacs et en cette fin d’été de sécheresse l’herbe se fait rare. Il y a maintenant 14 chevaux qui doivent brouter le soir, on ne peut d’autant plus pas s’arrêter n’importe où. Heureusement un mélange d’orge et de maïs est prévu pour les chevaux et compense la rareté de l’herbe.
Le premier jour où je les accompagne, on s’arrête le midi au bord du lac Song Kul. Un lieu assez hors du temps, et un peu magique !
L’intégration des chevaux est difficile, en effet, du maïs est distribué matin et soir ce qui crée des tensions entre les chevaux. Leur organisme est pourtant bien rodé et chacun mange sa ration dans son coin, mais les petits nouveaux mettent un peu de temps à comprendre et les anciens essayent d’en profiter ! Chef est rapidement intégré. Bakshé reprend immédiatement son caractère difficile du début. Oreilles couchées en permanence, à envoyer les pieds et les dents sur ceux qui doivent pourtant devenir ses compagnons pour l’hiver ! On pensait que c’étaient les kirghizes qui l’avaient un peu traumatisé et qu’il s’était calmé, notamment avec les étrangers, mais il nous fait mentir. On pense que pendant notre voyage, le petit groupe et ses repères ont pu le rassurer et qu’il a besoin de plus de temps pour s’adapter. Sheïtal prend pas mal de coups, toujours assez fatigué et en convalescence, il semble ne pas avoir l’envie de se faire des nouveaux potes, alors qu’il est d’habitude très social. Les rations de maïs lui font du bien, il n’est plus monté depuis le 15 août et suit simplement en liberté le convoi ! Le rythme est différent ce qui semble un peu plus facile.

La traite du matin 
Quand tu te relèves des toilettes 
Déjeuner gourmand 
Col de Shamshi, du minéral.
Deux jours de pause et l’on repart à sept cavaliers avec les quatorze chevaux en autonomie. Direction : le pâturage d’hivernage pour leurs grandes vacances d’hiver ! Le trajet se fait en huit jours car nous passons par une zone inconnue par Asia Rando et qu’ils souhaitent la reconnaître. Les chevaux en général sont d’autant plus stressés qu’il quittent leur parcours habituel. Les tensions sont assez présentes, surtout pendant la journée puisque nous nous déplaçons en groupe et nous forçons les chevaux à une grande promiscuité. C’est une semaine difficile où la fatigue aggrave les tensions dans le groupe. Le froid est de retour en journée, et le grand froid est de retour la nuit !
On achemine les chevaux le 19 Septembre dans une immense vallée au nord de Song-Kul : le pâturage d’hiver des chevaux d’Asia Rando. Les chevaux vivront dans un troupeau de 35 hongres en liberté totale, simplement gardés par un berger. Nous leur payons le foin et le maïs qui leur sera servi en complément au cœur de l’hiver. C’est, selon nous, le meilleur hiver que l’on peut offrir à nos trois chevaux après le merveilleux été que l’on a passé ensemble. Nous souhaitons maintenant trouver des étrangers qui souhaitent concrétiser un projet de voyage à cheval en 2022 et à qui les revendre.
Je prends sereinement le temps d’atterrir de mon voyage avant un retour prochain en France.
Aventures terminés
19 Septembre 2021
Maëlle – Fière et heureuse


Waouh, sacrée aventure ! Merci d’avoir pris le temps de coucher tout ça sur le papier. On sent le décalage par rapport à notre bonne vieille France.
Au plaisir de lire tes prochaines aventures !
Tu peux être méga-super fière de toi !!!
Je suis tellement heureuse pour toi que tu aies pu réaliser ce merveilleux projet. Vous avez vécu une aventure fantastique et sans aucun doute tellement enrichissante. Merci d’avoir partagé avec nous tous ces moments intenses.
A tout bientôt 💞